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Articles récents

BERNARD ET SES TROIS CAFES

22 Juin 2021 , Rédigé par Bernard T. Publié dans #Vie d'Atelier

    Les cafés sont venus tard dans mon enfance, ils ne faisaient pas partie de notre vécu, mes parents n'y allaient jamais, ou bien il fallait un événement pour qu'ils y mettent les pieds. Et même pour une circonstance extraordinaire, comme une remise de médaille ou un apéritif entre amis,  ils étaient plutôt partisans du vin d'honneur, ou de ce petit arrosage lors d'une exposition, cérémonie arrosée par une bouteille de vin du pays accompagnée de rondelles de saucisson.

Le seul rituel que j'ai connu dans ma prime enfance, pour fêter le retour de l'ami prodigieux, le norvégien Frede Schilling qui venait compléter ses études picturales sous le soleil du Midi, était l'invitation de quelques amis, mécènes ou artistes, une poignée d'intimes qui ne dépassait pas la demie douzaine, autour d'une bouteille de Cinzano blanc et d'un bol d'olives noires : c'est dire si l'apéritif était frugal, d'autant plus que ce "cérémonial" ne se déroulait que tous les trois ou cinq ans ! Sans  doute était-il complété par un plat de spaghettis et l'ami était triomphalement accompagné sur la route de l'Italie, à pied car nous n'avions pas d'automobile, ou prosaïquement vers la gare SNCF car je n'imagine pas notre ami Frede traversant les Alpes comme l'armée carthaginoise avec son matériel de peintre sous le bras !

Mon premier café était dans l'avenue Gambetta (Béziers), je n'y entrais que pour rencontrer l'ami Fournaise, un métis dont j'étais proche, et je n'y ai jamais bu : il faut dire que j'étais bien jeune, sans doute entre 8 et 10 ans, ce qui est un peu tôt pour  s'adonner à la boisson.

Second café beaucoup plus tard, lorsque j'étais en 6ème au lycée : nous allions y jouer au babyfoot avec l'ami Philippe, un normand que j'ai perdu de vue, grand gaillard dégingandé, maigre et sympathique, aux yeux bleus comme mon ami Asterio.

Dernier café à Béziers, dont j'ai oublié le nom, sur les Allées : nous allions boire des citrons pressés l'été sur des balancelles sous les platanes, un délice de boisson, un plaisir de balançoire, un de mes bons souvenirs : je rêve d'une balancelle devant la piscine un de ces jours... Bien utile pour les rêves indispensables avant d'écrire.                            

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" AU NULLE BAR AILLEURS "

19 Juin 2021 , Rédigé par Renée Publié dans #Vie d'Atelier

« On se retrouve au Nul Bar, je leur fais juste visiter ce coin du 12ème !

- Ok, dans une heure au Nul Bar, on y grignotera, je retiens des places dans l’arrière-salle. »

B. s’éloigne de notre groupe qu’il laisse à l’angle du boulevard Diderot et de la rue Faidherbe.

« Qu’est-ce que c’est ce bar nul ? demande Umi que nous venons d’intégrer dans notre petite troupe. Chacun lui fait visiter son quartier et aujourd’hui c’est à mon tour de lui présenter  le mien.

- Ce n’est pas un bar nul ! On a bien dit Nul Bar, avec l’adjectif devant le nom, tu n’as pas remarqué ? Je t’explique. L’enseigne est exactement  Le Nulle « Bar » Ailleurs d’après l’expression  française : nulle part ailleurs, que tu dois connaître, toi qui voulais venir d’abord à Paris et nulle part ailleurs !

Ici, l’hôpital Rothschild où je suis né et là-bas la clinique des Diaconesses où j’ai été opéré de la vésicule biliaire ! Nous allons descendre le faubourg Saint-Antoine et je vous montrerai une des dernières cours d’artisans du faubourg, il n’y plus aucun ébéniste mais il reste quelques ateliers de travail du cuir et même une fabrique de clous de tapissier. On traversera le marché d’Aligre où je vous amènerai un dimanche matin. »

Voilà enfin le Nulle Bar Ailleurs, réduit au Nul Bar par les habitués. Sur le trottoir, quelques tables écartées d’un mètre, c’est la nouvelle réglementation, pas question de les rapprocher pour favoriser les échanges !

« Je vous invite dans le bar-bistrot le plus sympa du quartier, ce qui ne veut pas dire branché, ni chic, ni peuple. Non, sympa tout bêtement. »

Le comptoir est un bon vieux zinc d’autrefois. Les quatre sièges sont d’affreux tabourets hauts sur lesquels personne ne s’assoit jamais ? Dans la glace derrière les serveurs et entre les flacons, on cherche du regard qui l’on connaît, il y a toujours quelqu’un à qui adresser un sourire, un signe ou un « b’jour » rapide. En cette fin de matinée, les habitués du petit noir et de la gazette du quartier ont regagné leur cuisine ou leur boutique. Il n’y a que Jo le patron qui bougonne en secouant son téléphone portable. Tout d’un coup, il lance : « Ah Jean-Marie, tu tombes bien, viens me débloquer cet engin ! 

- J’ai pas le temps, répond le Jean-Marie interpelé, entré derrière nous. Demande à tes clients. »

Les clients que nous sommes s’empressent de prendre le couloir de quelques mètres qui conduit à l’arrière-salle, beaucoup plus spacieuse que la première.

Sur trois murs, de la hauteur d’une table jusqu’à deux mètres cinquante, des casiers sont tous occupés par des bouteilles couchées. Vous vous croiriez chez Mélac de l’arrondissement voisin, où Mélac stocke ses bouteilles de vin de Marcillac qu’il vous sert le soir, avec les lentilles au petit salé cuisinées par sa mère. Non, ici, les bouteilles sont vides ! Et vous pouvez vous en saisir pour lire les étiquettes, toutes différentes, toutes étonnantes. Des dessins de ceps de vigne et de grappes, des caricatures d’hommes publics, de Louis-Philippe à Chirac, des proverbes dont certains détournés, « tant va la cruche à l’eau qu’elle se case » (détournement dû à Jules Renard !), des citations de Rabelais ou de Baudelaire, des photographies de grands buveurs, d’Hemingway à Cavanna. Une mine !

Notre ami B. est là. Il a réservé la table de six dans l’angle qui permet d’avoir accès au plus grand nombre de bouteilles. « Je vous invite à vous amuser à qui trouvera l’étiquette la plus drôle : ce sont les amuse-gueule du Nul Bar ! »Vous verrez, la suite est sympa aussi !

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AU BISTROT

18 Juin 2021 , Rédigé par Jean-Marie Publié dans #Vie d'Atelier

Au bistrot,

 

En ces jours de libération conditionnelle,

Je vous invite, mes amis, à boire un pot,

Au « Bar des 3000 ».

Ah, bien sûr, il faudra faire effort pour arriver

Non pas à 3000 m, mais bien à  mi-chemin.

Non content d’avoir à souffrir de la rude montée

Il nous faudra aussi porter les munitions,

(à l’exception de l’eau qui se trouve là-bas en abondance,

et bien fraîche !)

Pensez que nous aurons pour nous, en cours de route,

L’éternelle beauté de la montagne en fleur. Tout d’abord les narcisses, étoiles dans les prés,

Et puis les orchidées, géraniums, ancolies, genêts et digitales.

La neige qui s’effondre au beau soleil de juin,

Rejaillit en cascades et torrents de tempêtes.

Les oiseaux bien cachés s’agitent dans les arbres et leurs chants accompagnent

Notre lente ascension en répondant parfois au dialogue sifflé.

C’est du moins ce qu’on croit, qui donne de la joie.

Arrive la buvette, sans vie en ce moment,

Mais les gens qui l’habitent, avant d’y revenir, en ont jeté la clé.

On peut ouvrir la porte, mais restons en terrasse.

Une solide table, deux bancs de chêne épais,

Le spectacle commence, les verres sont levés.

Tel déguste sa bière, l’autre son anisé,

Et les chants sonnent faux effrayant les marmottes,

Qui sifflent à qui mieux mieux.

Plus haut, majestueux, veillent les deux trois mille.

L’arrondi du français face à la pointe espagnole,

Toits du monde local semés de taches blanches,

Enrubannés de bleu et de flammes blanchâtres,

Survolés de rapaces qui tournoient dans le vent.

Quand nous redescendrons retrouver dans la plaine

Le bonheur quotidien fait de hauts et de bas,

Le cœur aura gonflé de réserves durables :

Verres de l’amitié, nature, esprit.

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VISITE AUX MUSEES

9 Juin 2021 , Rédigé par Bernard T. Publié dans #Vie d'Atelier

     Fils aîné d'un artiste peintre provincial, comment pouvais-je éviter les musées d'art, de peinture principalement ? Je vivotais à Paris dans une chambre d'hôtel miteuse... Par ses courriers réguliers, mon père me sermonnait "Va au Louvre, c'est gratuit le dimanche !" Combien de fois ai-je lu cette phrase qui avait valeur d'ordre, d'autant plus qu'il attendait ensuite le récit de ma journée.

Donc je suis allé au Louvre quelques fois...

Je n'avais pas le goût de la peinture, le Radeau de la Méduse me laissait froid comme un ban de harengs, je ne connaissais pas encore le Journal de Delacroix, ni les Lettres de Vincent à son frère, et encore moins les écrits de Giorgio Vasari.

Moi ce que j'aimais, c'était les Shadows et surtout les Beatles, et depuis la fin des années 50, je voulais apprendre la musique, mais mon paternel que mes goûts n'intéressaient pas, ne m'avait pas suivi sur ce terrain... Il avait prit mon désir de guitare pour une lubie d'adolescent; sans doute jugeait-il la dépense excessive, il m'avait dirigé vers cet instrument ridicule, la mandoline, mieux faite pour souligner les "tchi tchi" de Tino Rossi que pour trouver les accords d' "Apache" ou ceux de "Hard Day's Night". Mais cette étude ne fut pas tout à fait inutile parce qu'elle me permit plus tard de déchiffrer les partitions.

En me conduisant vers la grande rétrospective Picasso qui avait lieu au Grand et petit Palais en 1966, mon père m'avait initié à cet art majeur. Le peu de Paris que je vis (le métro, la tour Eiffel) m'inocula le virus parisien mieux que le "Guernica" de Picasso en noir et blanc. Ce jour là, je sus que je voulais vivre dans cette ville magnifique et dès 1967, j'y avais établi mes quartiers.

Vivre à Paris, loin de mes parents, c'était la liberté, mais elle avait un goût amer : n'ayant pas fait beaucoup d'études, je renâclais comme les chevaux fourbus suant l'ennui dans mes semaines postales. Aussi le dimanche, je courais à tous les plaisirs, au théâtre bien sûr mais aussi au cinéma, voir les premiers films de mes chers Beatles tous les soirs de la même semaine.

Mon père ne m'avait pas lâché la bride sur le cou, bien au contraire il avait maintenant un point de chute pour venir passer le week-end à Paris et c'est avec lui que j'ai fait la connaissance du musée d'art moderne, où j'ai vu mes premiers Kandinsky, mes premiers Juan Gris, c'est là aussi que "Le Cri" d'Edvard Munch m'a fait une forte impression, avec son arrière plan tourmenté; j'y ai pris goût aux machines sonores de Tinguely qui ruaient et mordaient les sols gris, admiré les fenêtres de Picasso, les tapisseries de Bonnard, surnommé "le Nabi japonard", les célèbres "Nymphéas" de Claude Monet (au musée de l'Orangerie) et de tant d'autres Impressionnistes car le musée d'Orsay n'existait pas avant les années 80, puis les fauves que j'aimerai plus tard, Matisse, Derain, Vlaminck...

Après le service militaire (1968-1969), je retournais marié à Paris, fréquentais encore les musées, les rétrospectives : je ne les aies pas toutes en mémoire mais je me souviens d'une rétrospective Magritte, une autre de Salvador Dali que je goûtais moins, une de Max Ernst que nous visitâmes en famille avec un ami norvégien, exposition qui m'a marqué par ses collages étonnants, technique que mon frère et moi pratiquions, depuis notre découverte de ceux de Jacques Prévert. Je vis bien d'autres expositions, Soutine avec ma mère, Paul Klee et sa poésie, Nicolas De Staël et ses footballeurs, Chirico ne m'emballa pas du tout, d'ailleurs je commençais à être écœuré par les surréalistes, il me semblait qu'à part quelques poètes, Desnos, Soupaux, Vitrac... les peintres n'avaient jamais réussi à créer des univers positifs et c'était ce qui manquait le plus à leurs œuvres.

Mais une expo me marqua plus que les autres : c'était quelque FIAC où étaient présentés des œuvres originales, des pianos concassés à la masse, des violons fracassés bloqués dans de la résine, le Pouce de César et autres genres de représentations cinétiques qui tenaient plus du cabinet de curiosités que d'art abstrait. Un radiateur d'automobile était surmonté d'un petit miroir placé de biais au-dessus du radiateur, et nous trois, ma mère, mon épouse et moi, nous observions les mimiques des curieux devant une œuvre aussi ahurissante : je n'ai jamais autant vu rire ma mère devant l'incrédulité des passants, leur effarement, voire les    explications doctes du seul membre éclairé du groupe.

Preuve que l'on pouvait rire au musée Pompidou !   

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AU MUSEE D'ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS

8 Juin 2021 , Rédigé par Renée Publié dans #Vie d'Atelier

A cette époque, la retraitée voyageait encore sans s’encombrer d’horaires. Elle prenait le premier train du matin pour se rendre à Paris en trois heures, trois heures et demie ; arrivée gare de Lyon ; elle avalait dans le métro une tranche de pain Poilâne achetée dans la gare.

Ce jour-là, elle va au musée d’art moderne de la ville de Paris, elle va y découvrir une femme- peintre dont elle ne sait rien, sinon que ce peintre a connu Rilke, c’est d’ailleurs Rilke qui la conduit Ici. Elle prend son billet, double puisqu’il y a en même temps et au même étage une exposition Marquet et la Méditerranée.

D’entrée, premier choc ! Un autoportrait de Paula portant le titre de  « Autoportrait au sixième anniversaire de mariage » et indication, peint un an avant sa mort. Elle se peint enceinte, or elle ne l’était pas, apprendra la visiteuse plus tard. Un grand collier d’ambre, de la couleur de ses yeux et de ses cheveux, dessine un ovale tourné de gauche à droite alors que l’ovale du visage l’est de droite à gauche. Tout est rond ou arrondi, les seins, les mains à moitié fermées au-dessus et au-dessous de son ventre, le nombril, les yeux, les épaules et surtout les yeux au regard intense et légèrement narquois. La spectatrice se laisse emporter d’un portrait à l’autre, de regard en regard. Elle s’attarde devant le portrait de Rilke, de petite dimension, très ressemblant, et surtout devant les fusains sur papier dessinant des femmes nues avec un enfant dans les bras ou sur les genoux, les peintures présentant des petites filles debout, agenouillées, jouant de la flûte. Puis elle revient en arrière et suit maintenant le cheminement chronologique des œuvres peintes à Brême, et à Paris au cours de trois séjours. Notre visiteuse reconnaît des parentés, avec les portraits du Fayoum, de Picasso même, les natures mortes peu nombreuses de Cézanne, les paysages à la Corot. Un petit document distribué à l’entrée lui permet de repérer les évènements de la vie de cette femme qui n’a vécu que trente et un ans, a laissé une œuvre immense, n’a vendu que trois tableaux, a épousé un peintre d’un classicisme rigide, a exposé rarement, a subi une critique assassine.

Il est bientôt seize heures. « J’ai le temps de grignoter et je jetterai un coup d’œil à Marquet, j’aimais bien ses marines il me semble », se dit-elle. Sur la terrasse du musée, en attendant la salade commandée, elle fait connaissance avec Paula Modersohn-Becker en lisant l’opuscule qu’elle a acheté en boutique. Ensuite elle rentre dans la salle d’exposition, repart pour un tour, rapide cette fois ; elle veut encore croiser  des regards.

Enfin, elle quitte Paula Modersohn-Becker et passe chez Marquet. Rien ne lui plaît, tout lui semble vide. « Sans intérêt », conclut-elle. Exit Marquet de sa mémoire ! Remplacé pour elle par une inconnue au regard intense, comme le lui avait indiqué l’affiche de l’exposition :

Paula Modersohn- Becker

L’intensité d’un regard

8 avril – 21 août 2016

Musée d’Art Moderne de Paris

Il faut se presser. Métro. Train de 18 heures et quelques. Dans le TGV du soir, elle relit le petit document, ferme les yeux, revoit les visages de face, lisses, au regard vous pénétrant.

Quelques jours plus tard, elle lira la biographie de Paula Becker, écrite par Marie Darrieussecq «  Etre ici est une splendeur. Vie de Paula M. Becker », édité chez POL. Son plaisir est à son comble.

 

Déjà cinq ans ont passé…

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UNE HISTOIRE ET TROIS HISTOIRES

30 Mai 2021 , Rédigé par Renée Publié dans #Vie d'Atelier

Elle est assise sur une des marches extérieures de l’Opéra, à côté d’un SDF qu’accompagnent un chien, deux chiots et une fille en pantalon kaki, chemise de bûcheron, piercings un peu partout sur le visage et cheveux crasseux. Elle se remet de la mésaventure qui n’en fut pas une, grâce au « type ».

« Quel type, s’entend-t-elle dire intérieurement ? De qui parle cette femme ? A qui s’adresse-t-elle ? Au policier municipal qui est à ses côtés ? »

« J’étais présente, encore sur le quai du tram d’où je venais de descendre. J’ai vu le type, oui, celui aux chiens, là, se précipiter sur la dame, celle qui est assise là et semble encore choquée. Il l’a prise dans ses bras et l’a tirée vers son attirail. Elle s’est assise et a refusé de boire à la bouteille que l’homme lui tendait. La fille observait, elle avait l’air d’approuver l’action brutale de l’homme. Les chiens n’ont pas bougé. Ils sont sans doute assommés de chaleur et dévorés de puces. »

Le policier hoche la tête et fait trois pas en direction du groupe formé par le SDF, la fille, la dame assise et les chiens. Il s’adresse à l’homme : « Qu’est-ce qui vous a pris d’empoigner cette dame et de l’asseoir brutalement sur l’escalier ? Où vous n’avez pas le droit d’installer votre « barda » d’ailleurs ! Vous lui avez pris quelque chose ? Ou vous alliez le faire quand vous vous êtes senti  observé par Madame ? »

Et il désigne la dame qui lui a raconté l’incident. L’homme aux chiens, d’une voix lente, un peu avinée, avec un fort accent allemand, répond :

«  La dame a pas entendu le tram. Il démarrait. Elle était sur les rails avec son téléphone. Le conducteur a klaxonné. Elle bougeait pas. Alors je suis allé à toute vitesse l’enlever de là, elle est pas lourde, je l’ai soulevée et mise là. »

Le policier hoche une deuxième fois la tête, se penche vers la dame toujours assise.  « Voulez-vous que je vous conduise au poste de police pour déposer une main courante, c’est juste à côté ? »

« Il n’en est pas question. Ce « type », comme dit Madame, m’a peut-être sauvé la vie ! Je cherchais sur mon smartphone l’adresse exacte de la boutique où je me rendais, je ne prêtais aucune attention à  l’endroit où j’étais arrêtée. J’étais descendue du tram, je traversais les voies pour me diriger vers la rue de la Loge et je n’avais ni vu ni entendu le tram qui démarrait en direction inverse de celui que je venais de quitter. Je n’entendais que le brouhaha de la place. Je me suis sentie enlevée au moment même où j’ai enfin perçu l’alarme du chauffeur de tram. Et monsieur m’a assise sur la couverture de ses chiots qu’il a poussés sans trop de ménagement. Il m’a demandé si j’avais soif en me tendant sa gourde. Je n’avais pas soif mais honte de mon comportement d’étourdie. Pour un peu, je l’embrasserais, mon sauveur ! »

Le sauveur, la fille et la dame assise éclatèrent de rire. Un chiot aboya. Le policier municipal poussa un soupir et dit :   « Bon, dégagez de là avant que je repasse en fin de journée ! Et Madame, soyez plus prudente, à votre âge, une chute peut être gravissime ! » Il n’accorda aucun regard à celle qui l’avait conduit à une intervention sur la voie publique, inutile.

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PREMIERES LIBERTES ECHOUEES

29 Mai 2021 , Rédigé par Renée Publié dans #Vie d'Atelier

J’ai maintes fois évoqué ma première escapade en tant que chauffeur de la voiture, prêtée par mon père à sa fille, nouvellement autorisée à conduire par les services préfectoraux. L’aventure faillit mal se terminer parce que je ne sus pas si je devais prendre à droite ou à gauche et que j’allai tout droit dans le mur en face de moi. Mon frère, qui n’avait pas encore le permis, tira le volant vers lui et mit la voiture dans une direction, à temps avant le choc !

J’ai déjà raconté ma première nuit de camping à Nice, toujours avec mon frère, complice de bien de mes « premières » fois ; notre tente était adossée à celle de jeunes Scandinaves pour maintenir les deux abris dans une relative stabilité sur un terrain mal adapté ; ils s’écroulèrent assez vite sur les occupants ! Nous retournâmes au bercail !

Je n’ai encore rien dit de mes premières libertés de jeune adolescente. La plus ancienne date de cette classe de 1ère M’ dans laquelle je m’initiai à la biologie avec une passion d’autant plus vive que le professeur – dont le nom était prédestiné, M. Terre – appréciait ma curiosité, et un peu moins mes petites sottises qu’il pardonnait cependant assez vite. Lors d’une sortie botanique sur le terrain, organisée pour les seuls internes, je commençai un herbier sous sa direction. En fin d’année scolaire, alors que nous avions disséqué, dessiné, analysé, fait un peu de génétique – encore non introduite dans l’enseignement secondaire mais audacieusement enseignée par lui – le professeur me conseilla de m’inscrire en terminale sciences expérimentales. Il me signala qu’il avait obtenu sa mutation et sa promotion pour le Centre de Menton (dont j’ai oublié le nom) , et qu’il était prêt à favoriser ma demande d’inscription dans cet établissement dès que j’aurais obtenu le bac. Pendant tout l’été et toute une année, je travaillai sans dire mot à quiconque de mon projet qui était celui-ci : une fois le bac en poche, je préviens les parents que je les quitte pour la Côte d’Azur, je demande l’aide financière et morale à mon professeur, je pars à Menton comme stagiaire dans le Centre et je deviens en quelques années, quelques mois peut-être, l’assistante du professeur ! J’ai oublié de signaler qu’il n’avait qu’une quinzaine d’années de plus que moi, était célibataire et séduisant, conseiller attentif et généreux. Le professeur me souhaita par écrit une bonne année scolaire, me demanda de le tenir au courant de mes résultats, ce que je fis à la fin des deux premiers trimestres de terminale. Et … je ne l’avertis pas de ma réussite au bac, oublieuse du projet ou tendue vers une autre aventure moins romanesque et plus réaliste.

On peut vivre un an d’une liberté rêvée !

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MON FRERE A LA FENETRE

28 Mai 2021 , Rédigé par Renée Publié dans #Vie d'Atelier

Mon frère a ouvert la fenêtre et tiré le rideau de tulle léger vers la droite. Je l’observe, un peu inquiet de la mélancolie qu’il manifeste depuis quelques jours. Je lui ai proposé de faire son portrait et, contrairement à la réponse négative que je redoutais, il a saisi ma proposition avec bonne humeur : « Veux-tu que je pose comme tes modèles dans l’atelier ? C’est moi qui choisis le lieu, devant la fenêtre ouverte sur le port. A toi de m’indiquer l’attitude ! »Je lui ai demandé de s’asseoir en libérant le dossier sur sa droite.

 Il adopte cette manière familière de pencher son corps que je lui connais depuis tant d’années. « C’est bien toi ! Reste ainsi, je fais un croquis. Je serai rapide ! » Tandis que je crayonne, un voile de douceur lointaine l’éloigne de moi. Dehors, la silhouette d’une promeneuse, précédée d’une autre que je devine, une enfant peut-être. Les voit-il ? Les connaît-il ? Il vit sur ce quai depuis si longtemps. Je l’ai rejoint à sa demande : « Retrouvons-nous dans la maison, viens avec ta famille ; avec tes fils, on revivra notre enfance ! » Mais depuis que nous sommes réunis, lui, mon épouse et mes trois fils, il se dérobe, ne participe pas à nos activités de vacanciers, prétend ne pas vouloir nous retarder ou nous gêner.

Aujourd’hui, alors que mon épouse conduit nos enfants chez une cousine qui a renoué avec mon frère quand elle a su qu’il s’installait définitivement dans la maison familiale, il se détend un peu et se prête à la séance de pose, puis à la confidence :  « Pour moi la vie pourrait bien rester solitaire » Il ne se tourne pas vers moi, son regard est hermétique. Veut-il me signifier que notre vie familiale l’encombre et qu’il lui préfère sa solitude habituelle ? Ou au contraire dit-il son regret de ne pas songer à une rencontre ? Je remarque alors la double barrière qu’il a mise entre son intérieur et le monde, faite de fleurs et de jolis barreaux de bois peints en vert ; existait-elle quand nous étions adolescents ? Des souvenirs lentement ensablés dans ma mémoire surgissent. Non puisque nous sautions par cette fenêtre et rejoignions quelques amis pour une promenade sur l’eau, à la rame. Par quelle alchimie la mélancolie de mon frère colore-t-elle l’image d’hier ? Si cette femme en robe rose passée était la radieuse jeune sœur de notre voisin il y a vingt ans ?  Non, je n’évoquerai pas ce temps-là, doucement voilé de tulle léger.

 

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UN PETIT GOUT DE LIBERTE

27 Mai 2021 , Rédigé par Fred Publié dans #Vie d'Atelier

« Vive les vacances, plus de pénitence, les cahiers au feu, les profs au milieu. »

Le mot de vacances a un goût d'enfance.

Petite enfance privilégiée qui nous permettait de partir une semaine « en location »

au bord de la mer : saint Georges de Didonne, petite station balnéaire prisée des berrichons. Papa

nous emmenait, maman et nous, restait deux jours et repartait le dimanche soir. Il revenait nous

rechercher le samedi suivant.

Départ « aux aurores », valises et sacs rangés dans le coffre la veille au soir, chaque jour compte ! Trajet en voiture, un peu serrés tous les trois à l'arrière, en ce temps là pas de jeu vidéo pour occuper le temps. N'avez-vous jamais comptabilisé les numéros de départements sur les plaques des voitures suivies, dépassées ou croisées ? Dans nos contrées, il fallait être chanceux pour cocher la Corse sur les grilles préparées pour la route, comme l'était aussi le comprimé de nautamine ou même le cataplasme à la moutarde. Nous n'étions pas égaux face au mal des transports, si ma soeur pouvait lire sans souci, il me fallait, moi, ne pas quitter la route des yeux. A l'arrivée, premier pique-nique, sous les pins en bordure de plage, couverture écossaise étalée afin d'éviter le sable sur les oeufs durs ou dans les sandwiches. Le café dans la thermos pour les parents. Ce ne sera qu'au temps de la fac et des cafétérias que me viendra le goût du café. Hâte de récupérer les clés de la maison réservée, n'était-ce pas au 10 rue des mésanges ? Et la répartition des chambres faite, premiers jeux sur la plage et farniente à l'ombre du parasol pour maman à la peau claire. Un peu de crème pour les autres, vite diluée dans les vagues …

La première glace, les premiers chichis, les quelques pièces dépensées et autres petits plaisirs de vacances, ce ne sera pas pour le premier jour, chaque chose en son temps …

Combien de premiers jours marquent les mémoires ? Vacances, liberté ou

découvertes, la liste serait trop longue. Première colonie de vacances en semi-liberté car sans les

parents; séjour linguistique en Allemagne, dans une famille inconnue où l'on se rend compte qu'il faudra persévérer pour pratiquer une langue étrangère. Plus tard, les joies du camping entre

copains. Devenus adultes et parents, on parlera de congés et non plus de vacances !

Qu'en sera-t'il cette année ? Un simple café en terrasse nous a donné un petit goût de liberté et un long week-end de quatre jours le plaisir des longues discussions en famille. Aurions-nous appris à nous contenter de l'essentiel ?

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Quand j'avais 20 ans, c'était le bon temps !

27 Mai 2021 , Rédigé par Blouk Publié dans #Vie quotidienne

 

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