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EUGENE A LA FENETRE

25 Mai 2021 , Rédigé par Marie Publié dans #Vie d'Atelier

 

 

     J’étais heureux hier matin à Montmartre. Je n’aime pas Cowes, je crois. Pourtant, je n’y suis jamais venu, il s’agit d’une première fois aujourd’hui.

« Je pars me promener sur les quais ! Si tu préfères t’absorber dans la contemplation du paysage, enlève donc ton chapeau de paille à l’intérieur, Eugène, tu es d’un ridicule derrière ta fenêtre ! » Voilà ce que Pauline m’a lancé en refermant la porte de la chambre de l’hôtel.

Cowes m’agace au plus haut point. Je m’y sens comme un intrus. Je m’y ennuie ferme.

Ah…un bout de soulier noir… voilà Pauline qui passe en lissant du plat de la main sa robe en mousseline rose. Elle est élégante avec son ombrelle du même bleu délicat que le collier qui orne son cou.

   — Des bateaux sont ensablés, Eugène tu devrais venir voir !

   — Non, je reste ici !

   —Toute cette agitation dans la baie, c’est grisant ! Bon, puisque tu boudes, je vais rejoindre des amis sur le débarcadère !

Pourquoi insiste-t-elle… elle voit bien que je suis hermétique à ses suggestions.

Je n’aime pas ce lieu de villégiature à la mode.

Elle sait que je suis malheureux.

J’ai les yeux brillants, presque humides. Elle le sait.

Je vais rester le buste tendu vers la fenêtre ouverte, mon chapeau sur la tête.

Le froissement des voilages transparents soulevés par la brise, ça m’ennuie.

La lumière qui compose de la dentelle sur les fleurs du jardin, ça m’ennuie.

La tristesse me gagne.

Je suis condamné à attendre.

La vue est agréable mais le vent sent la vase.

Je n’aime pas, Pauline, que tu m’échappes… que tu te détaches…

Wouhhhouhhhwouhhh… je me sens aussi mélancolique et désolé que ce chien que j’entends pleurer.

Pour moi, la vie pourrait bien rester solitaire…

Pauline, pourquoi m’abandonnes-tu…

J’étais heureux hier matin à Montmartre. Les premiers rayons du soleil éclairaient la chambre. Allongés sur le lit, du bout d’un doigt je traçais des lignes sur le velouté de ton dos… je traçais des arabesques entre tes omoplates… je remontais lentement vers ta nuque, tendrement… tes cheveux sentaient l’amande. Tout à coup, pourquoi as-tu rompu l’alchimie naissante… ??? Tu t’es retournée et tu as dit « Eugène, je pars à Cowes demain ». Un sourire paresseux étirait les coins de ta bouche. Que venait faire cette histoire au milieu de nos draps froissés ??

C’est ainsi que tu pensais me quitter ? C’est assez déplaisant.

Aujourd’hui, Pauline, je ne peux m’empêcher de t’en vouloir.

Je reste sur une impression d’inachevé.                                                          

                                                                         

                                                                                   

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