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AU MUSEE D'ART MODERNE DE LA VILLE DE PARIS

8 Juin 2021 , Rédigé par Renée Publié dans #Vie d'Atelier

A cette époque, la retraitée voyageait encore sans s’encombrer d’horaires. Elle prenait le premier train du matin pour se rendre à Paris en trois heures, trois heures et demie ; arrivée gare de Lyon ; elle avalait dans le métro une tranche de pain Poilâne achetée dans la gare.

Ce jour-là, elle va au musée d’art moderne de la ville de Paris, elle va y découvrir une femme- peintre dont elle ne sait rien, sinon que ce peintre a connu Rilke, c’est d’ailleurs Rilke qui la conduit Ici. Elle prend son billet, double puisqu’il y a en même temps et au même étage une exposition Marquet et la Méditerranée.

D’entrée, premier choc ! Un autoportrait de Paula portant le titre de  « Autoportrait au sixième anniversaire de mariage » et indication, peint un an avant sa mort. Elle se peint enceinte, or elle ne l’était pas, apprendra la visiteuse plus tard. Un grand collier d’ambre, de la couleur de ses yeux et de ses cheveux, dessine un ovale tourné de gauche à droite alors que l’ovale du visage l’est de droite à gauche. Tout est rond ou arrondi, les seins, les mains à moitié fermées au-dessus et au-dessous de son ventre, le nombril, les yeux, les épaules et surtout les yeux au regard intense et légèrement narquois. La spectatrice se laisse emporter d’un portrait à l’autre, de regard en regard. Elle s’attarde devant le portrait de Rilke, de petite dimension, très ressemblant, et surtout devant les fusains sur papier dessinant des femmes nues avec un enfant dans les bras ou sur les genoux, les peintures présentant des petites filles debout, agenouillées, jouant de la flûte. Puis elle revient en arrière et suit maintenant le cheminement chronologique des œuvres peintes à Brême, et à Paris au cours de trois séjours. Notre visiteuse reconnaît des parentés, avec les portraits du Fayoum, de Picasso même, les natures mortes peu nombreuses de Cézanne, les paysages à la Corot. Un petit document distribué à l’entrée lui permet de repérer les évènements de la vie de cette femme qui n’a vécu que trente et un ans, a laissé une œuvre immense, n’a vendu que trois tableaux, a épousé un peintre d’un classicisme rigide, a exposé rarement, a subi une critique assassine.

Il est bientôt seize heures. « J’ai le temps de grignoter et je jetterai un coup d’œil à Marquet, j’aimais bien ses marines il me semble », se dit-elle. Sur la terrasse du musée, en attendant la salade commandée, elle fait connaissance avec Paula Modersohn-Becker en lisant l’opuscule qu’elle a acheté en boutique. Ensuite elle rentre dans la salle d’exposition, repart pour un tour, rapide cette fois ; elle veut encore croiser  des regards.

Enfin, elle quitte Paula Modersohn-Becker et passe chez Marquet. Rien ne lui plaît, tout lui semble vide. « Sans intérêt », conclut-elle. Exit Marquet de sa mémoire ! Remplacé pour elle par une inconnue au regard intense, comme le lui avait indiqué l’affiche de l’exposition :

Paula Modersohn- Becker

L’intensité d’un regard

8 avril – 21 août 2016

Musée d’Art Moderne de Paris

Il faut se presser. Métro. Train de 18 heures et quelques. Dans le TGV du soir, elle relit le petit document, ferme les yeux, revoit les visages de face, lisses, au regard vous pénétrant.

Quelques jours plus tard, elle lira la biographie de Paula Becker, écrite par Marie Darrieussecq «  Etre ici est une splendeur. Vie de Paula M. Becker », édité chez POL. Son plaisir est à son comble.

 

Déjà cinq ans ont passé…

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