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VISITE AUX MUSEES

9 Juin 2021 , Rédigé par Bernard T. Publié dans #Vie d'Atelier

     Fils aîné d'un artiste peintre provincial, comment pouvais-je éviter les musées d'art, de peinture principalement ? Je vivotais à Paris dans une chambre d'hôtel miteuse... Par ses courriers réguliers, mon père me sermonnait "Va au Louvre, c'est gratuit le dimanche !" Combien de fois ai-je lu cette phrase qui avait valeur d'ordre, d'autant plus qu'il attendait ensuite le récit de ma journée.

Donc je suis allé au Louvre quelques fois...

Je n'avais pas le goût de la peinture, le Radeau de la Méduse me laissait froid comme un ban de harengs, je ne connaissais pas encore le Journal de Delacroix, ni les Lettres de Vincent à son frère, et encore moins les écrits de Giorgio Vasari.

Moi ce que j'aimais, c'était les Shadows et surtout les Beatles, et depuis la fin des années 50, je voulais apprendre la musique, mais mon paternel que mes goûts n'intéressaient pas, ne m'avait pas suivi sur ce terrain... Il avait prit mon désir de guitare pour une lubie d'adolescent; sans doute jugeait-il la dépense excessive, il m'avait dirigé vers cet instrument ridicule, la mandoline, mieux faite pour souligner les "tchi tchi" de Tino Rossi que pour trouver les accords d' "Apache" ou ceux de "Hard Day's Night". Mais cette étude ne fut pas tout à fait inutile parce qu'elle me permit plus tard de déchiffrer les partitions.

En me conduisant vers la grande rétrospective Picasso qui avait lieu au Grand et petit Palais en 1966, mon père m'avait initié à cet art majeur. Le peu de Paris que je vis (le métro, la tour Eiffel) m'inocula le virus parisien mieux que le "Guernica" de Picasso en noir et blanc. Ce jour là, je sus que je voulais vivre dans cette ville magnifique et dès 1967, j'y avais établi mes quartiers.

Vivre à Paris, loin de mes parents, c'était la liberté, mais elle avait un goût amer : n'ayant pas fait beaucoup d'études, je renâclais comme les chevaux fourbus suant l'ennui dans mes semaines postales. Aussi le dimanche, je courais à tous les plaisirs, au théâtre bien sûr mais aussi au cinéma, voir les premiers films de mes chers Beatles tous les soirs de la même semaine.

Mon père ne m'avait pas lâché la bride sur le cou, bien au contraire il avait maintenant un point de chute pour venir passer le week-end à Paris et c'est avec lui que j'ai fait la connaissance du musée d'art moderne, où j'ai vu mes premiers Kandinsky, mes premiers Juan Gris, c'est là aussi que "Le Cri" d'Edvard Munch m'a fait une forte impression, avec son arrière plan tourmenté; j'y ai pris goût aux machines sonores de Tinguely qui ruaient et mordaient les sols gris, admiré les fenêtres de Picasso, les tapisseries de Bonnard, surnommé "le Nabi japonard", les célèbres "Nymphéas" de Claude Monet (au musée de l'Orangerie) et de tant d'autres Impressionnistes car le musée d'Orsay n'existait pas avant les années 80, puis les fauves que j'aimerai plus tard, Matisse, Derain, Vlaminck...

Après le service militaire (1968-1969), je retournais marié à Paris, fréquentais encore les musées, les rétrospectives : je ne les aies pas toutes en mémoire mais je me souviens d'une rétrospective Magritte, une autre de Salvador Dali que je goûtais moins, une de Max Ernst que nous visitâmes en famille avec un ami norvégien, exposition qui m'a marqué par ses collages étonnants, technique que mon frère et moi pratiquions, depuis notre découverte de ceux de Jacques Prévert. Je vis bien d'autres expositions, Soutine avec ma mère, Paul Klee et sa poésie, Nicolas De Staël et ses footballeurs, Chirico ne m'emballa pas du tout, d'ailleurs je commençais à être écœuré par les surréalistes, il me semblait qu'à part quelques poètes, Desnos, Soupaux, Vitrac... les peintres n'avaient jamais réussi à créer des univers positifs et c'était ce qui manquait le plus à leurs œuvres.

Mais une expo me marqua plus que les autres : c'était quelque FIAC où étaient présentés des œuvres originales, des pianos concassés à la masse, des violons fracassés bloqués dans de la résine, le Pouce de César et autres genres de représentations cinétiques qui tenaient plus du cabinet de curiosités que d'art abstrait. Un radiateur d'automobile était surmonté d'un petit miroir placé de biais au-dessus du radiateur, et nous trois, ma mère, mon épouse et moi, nous observions les mimiques des curieux devant une œuvre aussi ahurissante : je n'ai jamais autant vu rire ma mère devant l'incrédulité des passants, leur effarement, voire les    explications doctes du seul membre éclairé du groupe.

Preuve que l'on pouvait rire au musée Pompidou !   

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