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Complot

22 Juillet 2016 , Rédigé par Bernard M. Publié dans #Vie d'Atelier

Il lui avait été intimé l'ordre d'aller se coucher beaucoup plus tôt.

A peine sous les draps, il avait entendu en provenance d'en bas, à la fois par la fenêtre ouverte et par la cage d'escalier, des pas feutrés, des murmures légers et insolites : ce n'était pas un ou deux individus qui auraient pu créer une telle présence silencieuse.

Voilà qui était intriguant pour le jeune enfant qui avait été confié à la garde de ses grands-parents en raison de l'ambiance délétère qui régnait dans le pays depuis la prise de pouvoir des généraux... La ferme était éloignée du village et les grands parents étaient trop âgés pour avoir une activité autre que celle de survivre au quotidien. Cette bouche supplémentaire les empêchait de se laisser mourir, malgré la tristesse qui les étreignait en permanence.

Les visiteurs étaient très rares, mais ce soir là alors qu'il faisait encore jour et chaud, ce bruissement furtif et ininterrompu, qu'il pressentait sans aucun doute d'origine humaine, générait une sensation de malaise qu'il ne savait identifier alors comme tel. En même temps une curiosité de comprendre l'émoustillait ; il ne pouvait cependant ni voir ni entendre depuis sa chambre. Il ne pût résister à l'envie de se lever et tremblant il descendit l'escalier d'origine de la maison, étroit et pentu, qui permettait autrefois d'accéder au grenier ; il sortit de la maison et se posta, souffle coupé, derrière une fenêtre ouverte de la pièce d'où il ne pouvait être vu.

Sur deux rangs, les premiers assis et les seconds derrière, une quinzaine de personnes devisaient à voix basse en contemplant une large carte de Santiago et de ses environs étendue sur la table. De temps à autre il distinguait, au milieu du bourdonnement indéfini, des mots : complot, général en chef, circuit, feux rouges, explosifs, risques. Lorsqu'il entendit prononcer le mot « attentat », mot qu'il connaissait depuis peu, il réalisa que quelque chose de grave se préparait.

Soudainement, il vit au milieu de toutes ces personnes aux visages tendus et concentrés, une silhouette très familière et reconnut alors son père. Peu à peu tout prenait forme et sens dans son esprit, l'absence de ses parents, la tristesse de ses grands-parents, les propos qu'il entendait ici ou là, cette réunion d'adultes ce soir là : c'était cela, on allait tenter de mettre fin au régime dictatorial des généraux qui avaient plongé le pays dans la crainte et le désespoir. 

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