ADRIEN
31 Août 2017 , Rédigé par Nathalie Publié dans #Vie d'Atelier
Le service battait son plein. A cette heure-ci la cuisine ressemblait à une ruche bourdonnante. Chacun à son poste couvait ses casseroles : la tension était à son zénith. Le chef braillait les ordres ; attendait de ses cuisiniers un « oui chef ! » retentissant. Les plats arrivaient sur la console chauffante où il appréciait l’odeur, la présentation, la composition.
Dans son coin, Adrien se faisait tout petit, espérant qu’on l’oublierait. C’était son premier jour. Il était arrivé à 5 h 30 comme prévu à son embauche. Il avait enfilé dans le vestiaire sa veste blanche, ceint son grand tablier, blanc également, repassé avec amour par sa mère, et posé son calot sur ses cheveux. Les collègues qui arrivaient peu à peu ne le calculaient pas. A peine un « c’est toi le nouveau ? » suivi de : « tiens, mets-toi là, fais les patates ».
Le pauvre Adrien s’était donc attelé à la tâche, désespéré à l’avance par le nombre de patates à peler.
- Et toi ! T’endors pas ! Il ne te reste qu’une heure ! Va me chercher les oignons. Adrien qui venait à peine de fêter ses 16 ans se retrouva dans la remise en face de bottes à queues vertes et oignons rouges, blancs, petits, gros... Mais lesquels devait- il apporter ? Aucune idée !
Il était les bras ballants devant les cageots, l’œil hagard, quasiment au bord des larmes. Une voix bourrue le sortit de sa torpeur.
- Ben qu’est-ce que tu fiches ?
Adrien se tourna vers la voix, muet. Le cuisinier eut un instant de pitié. Il se remémora ses propres débuts, dans la même cuisine. Il devait avoir l’air à peu près aussi empoté. Aussi il attrapa la première botte, la lui colla dans les bras et grogna :
- Allez, file ! Apporte-lui ça vite fait, les patates ne vont pas s’éplucher toutes seules.
Adrien balbutia un « merci » et fila apporter son trophée, et retourna à la pluche.
Une fois les patates terminées, le chef le préposa au dernier coup de torchon sur les assiettes afin qu’elles apparaissent impeccables sur les tables des clients.
Adrien était non seulement épuisé d’être resté debout si longtemps, mais abruti par le bruit des casseroles, les mots doux divers échangés par les cuisiniers. Il ne sentait plus ses pieds, tremblait à l’idée de faire une bêtise, et ne rêvait qu’à une chose : la fin du service !
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