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RENCONTRES

26 Octobre 2017 , Rédigé par Renée Publié dans #Vie d'Atelier

Je rencontre aujourd’hui la duchesse de Langeais à l’occasion de la soirée littéraire qu’elle anime tous les jeudis dans la bonne ville de Saumur où elle réside depuis que le château de Langeais est en restauration. Je suis invité pour la première fois, ma médiocre réputation de romancier de terroir ayant franchi les grilles de son manoir grâce à l’entregent de mon éditeur bien implanté dans le pays de Loire.

J’arrive en avance et parcours l’allée du jardin, nez au vent, sans voir qu’un domestique me suit depuis le portail sans doute ; il tente un raclement de gorge, puis un discret  « Monsieur », enfin un plus clair « Monsieur a-t-il été annoncé à Madame ? » Je me retourne et bafouille : « Je suis Thomas Massot. Faut-il que je vous présente ma carte de visite ? » dis-je bêtement comme si j’étais dans le hall d’accueil d’une entreprise. L’homme me dépasse en disant : « Je préviens Madame de votre présence ».

Bon, voilà une première bévue. Je ne vais pas m’arrêter à cela. L’écrivain invité c’est moi, n’est-ce-pas ? Je me redresse, raffermis mon pas, grimpe deux à deux les marches derrière le…valet, l’huissier… comment l’appeler ? Dans mon milieu, on se présente soi-même.

L’homme disparaît derrière une porte et revient presqu’aussitôt, me priant d’entrer en tenant la porte qu’il referme sur mes talons. Suis-je attendu ? Suis-je ignoré ? Trop en avance ? Sied-t-il d’être en retard ? Seul dans le petit salon, je me dirige vers la fenêtre qui donne sur l’allée que je viens d’emprunter. Je contemple le couchant dans le feuillage automnal et n’entends pas le pas de la vieille dame. Je me retourne, ahuri, quand elle énonce d’une voix douce : « Vous me faites beaucoup d’honneur d’admirer mon jardin. »

La duchesse elle-même ! Dois-je lui baiser la main ? Lui tendre la mienne ? La saluer d’un Bonjour Madame ? Je bafouille pour la deuxième fois : « Je suis Thomas Massot. » Aussi ridicule que la première !  

 

 

Le lendemain…

« Thomas, bonjour ! » Dieu, c’est elle ! La duchesse de Langeais chez qui, hier, j’ai eu l’audace de lire l’introduction d’un pitoyable roman que j’ai décidé d’abandonner cette nuit-même. Je ne voulais plus entendre parler de roman, d’éditeur, de duchesse ! Toute la nuit, j’avais cherché à effacer de mon esprit le valet, le manoir, la propriétaire. J’avais renoncé à être édité, à écrire même.

Et voilà que la vieille dame à la voix douce et aux exquises manières me saluait d’un sonore : « Thomas, bonjour ! » spontané, presque joyeux, comme si nous étions de vieux amis. « Vous nous avez enchantés, hier, avec votre histoire de bedeau ! Je parie que vous avez écrit une suite en nous quittant ! »

Elle applaudissait presque de ses deux mains gantées, m’encourageait de ses yeux malicieux. Elle ignorait que nous étions plantés là, sur le trottoir étroit de la rue Pierre de Ronsard, gênant le déplacement des piétons agacés. Elle me félicitait et je bafouillais je ne sais quoi. Elle souriait, l’aimable duchesse que j’allais un jour introduire dans le plus délicieux roman que j’écrirais et que mon ami éditerait.

 

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