TEMPETE
13 Octobre 2021 , Rédigé par Jean-Marie Publié dans #Vie d'Atelier
« C’était pendant l’horreur d’une profonde nuit »
La tente plantée dans ce camping breton proche de l’océan commença peu à peu à tanguer sous les coups de vent de plus en plus fréquents. Nos deux filles, fatiguées par un long voyage, dormaient à poings fermés. Nous en étions loin, car inquiets de voir se balancer fortement les parois de notre abri. Les piquets allaient-ils tenir au sol, les tendeurs seraient-ils suffisants ?
Puis vint la bourrasque. Nous nous regardions, interrogatifs mais muets. La tension monta subitement au premier grondement de tonnerre. Et le spectacle commença. Nous n’avions pas vu l’éclair initial mais soudain la scène devint un théâtre de lumières estompées par la toile de tente. Des éclairs en continu, jaunes, bleus, étincelants. Des fracas brutaux mettaient en vibration l’air et notre corps entier lorsque la foudre s’écrasait non loin de nous, du moins le croyions-nous. Et ce roulis permanent du vent. La pluie ajouta son crépitement à la symphonie fantastique. Lorsqu’elle s’arrêta je n’y tins plus. Il me fallait être dehors, contempler le spectacle en direct, le ressentir totalement. Les enfants dormaient encore et malgré les yeux suppliants de ma femme je sortis à l’air libre.
Je me laissai guider par le ciel embrasé vers la promenade qui longeait l’océan. Un autre tempo entra dans l’orchestre : celui des hautes vagues dont on ne voyait la crête blanche ébouriffée qu’au moment où elle s’écrasait sur la margelle du parapet. Grondement puissant et continu que nous n’avions pas jusqu’alors distingué dans le concert et qui se confondait maintenant avec le roulement du tonnerre. Un cliquetis accompagnait la chute de l’eau sur le quai et je reculai de quelques mètres lorsque je m’aperçus que la houle transportait avec elle des galets qui s’éparpillaient en dansant sur le pavé.
Je me plantai debout face à l’écume. Les pieds bien ancrés au sol, la tête haute, cherchant à percer les nuances d’ombre sur la mer déchaînée et admirant chaque chemin d’éclair tombant des nuages. J’avais envie d’applaudir mais … ça ne se fait pas ! J’étais envahi par la sauvagerie de ce moment, sans peur, comme si j’en étais un élément totalement intégré. Petit devant l’immensité mais aussi goutte d’eau dans la vague, composée elle-même de milliards de gouttes d’eau.
Comblé de cette énergie, je revins heureux sous la tente pour apaiser les angoisses et plonger enfin dans un sommeil tranquille.
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