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Cécile

1 Août 2016 , Rédigé par Sylvie Publié dans #Vie d'Atelier

Limoges, une école primaire, Monsieur Dessailhien, traumatisé par la guerre de 1940, fait office d’enseignant en classe de CM2. Ceci se déroule avant le bouleversement des rapports d’autorité de MAI 1968 et avant la prise en compte de la psychologie enfantine.

Ma voisine de table, Cécile, est en souffrance scolaire quotidiennement. Chaque matin, elle écoute, bras croisés, la leçon de morale : « Rien ne sert de courir, il faut partir à point ! » « Un tien vaut mieux que 2 tu l’auras ! » « Qui vole un œuf, vole un bœuf ! »

Pendant ce temps, les bons élèves commencent à réfléchir à l’exercice que Monsieur Dessailhien a écrit au tableau pour eux. Il fait mine de ne pas les voir. La leçon de morale terminée, les heureux élus défilent fièrement au bureau du maître pour voir apposé sur leurs cahiers un 10 /10 ou un très bien. Je suis de ceux-là.

Cécile, pendant ce temps commence son chemin de croix, visage rond, air poupon, cheveux en bataille, embraillée dans des vêtements ternes, engoncée dans des tissus trop serrés qui la boudinent. Elle contient, résignée, sa tristesse et sa révolte. Son visage inexpressif est gagné par l’inquiétude. D’impavide il tire rapidement sur le rosé puis vire au rouge pivoine lorsque Mr Dessailhien lui ordonne de venir faire l’exercice au tableau.

Évidement, c’est le fiasco et le scénario annoncé se déroule : Mr Dessailhien s’emporte «Raoust Schnelle !» hurle-t-il appuyé par un large mouvement impulsif avec sa grande règle jaune et plate. Il cogne les rêveurs qui n’ont pas anticipé le coup. Ceci afin de réveiller leur conscience, leur attention, leur soumission et faire rentrer coûte que coûte le savoir dans ces têtes de linotte.

Tétanisée par la peur, Cécile grommelle des tentatives de réponses, bien évidement erronées dans ce contexte sous haute pression. Car elle sait qu’il va attraper ses petits cheveux, ceux qui sont là juste à côté de ses oreilles et les rapprocher du tableau noir, qu’il va cogner sa tête à coup répétés afin non d’en faire sortir les connaissances, mais de faire pénétrer à jamais une chute d’estime de soi par la répétition des humiliations sans possibilités de défense ni de protection.

Plus de quarante années après, ce visage martyrisé et soumis me hante encore, moi qui n’est pas pu lui apporter un réconfort ni soulager sa souffrance, par impuissance, ou par lâcheté. 

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